Un peu d'histoire
Origine et histoire
La tartelette aux myrtilles est moins une invention ponctuelle qu'une déclinaison territoriale d'une longue tradition française : celle des tartes aux fruits. Les myrtilles sauvages (souvent la Vaccinium myrtillus en Europe) poussent dans les sols acides des montagnes, Massif central (Auvergne), Vosges, Jura, Alpes et Pyrénées, et ont été récoltées depuis des siècles pour être consommées fraîches ou transformées. La forme tartelette, plus petite et plus intime que la tarte familiale, s'est démocratisée au XIXe et XXe siècle avec l'essor de la pâtisserie domestique et des petits commerces (boulangeries-pâtisseries) qui ont popularisé des versions individuelles, pratiques à vendre et à emporter. L'association de la myrtille avec une crème d'amandes ou une pâte sablée relève d'une logique simple : préserver le parfum fragile du fruit tout en lui apportant richesse et tenue.
Ce qui la caractérise
Dans sa version décrite ici, pâte sablée, 350 g de myrtilles, 2 œufs, 75 g de beurre, 75 g de poudre d'amandes, 75 g de sucre, l'équilibre est net. La pâte sablée offre un croquant friable et beurré ; sous la dent, les myrtilles juteuses éclatent, libérant une acidité fruitée et des notes de sous-bois. La crème d'amandes, simple mélange d'œufs, de beurre, de sucre et de poudre d'amandes, apporte une onctuosité et un parfum de noisette qui tempèrent l'acidité et évitent que les fruits ne détrempent la pâte. La tartelette est typiquement estivale, liée à la saison de la cueillette, fin juillet à septembre selon l'altitude, et se sert tiède ou à température ambiante, souvent pour le goûter, un dessert de table champêtre ou les marchés locaux.
Variantes et adaptations
Les adaptations sont nombreuses et documentées : en France on trouve la tarte aux myrtilles nappée d'un miroir d'abricot, la version avec crème pâtissière (type tarte aux fruits classique), ou encore la tartelette recouverte d'un crumble (inspiration anglo-saxonne). Dans les régions où la Vaccinium corymbosum cultivée est disponible, on utilise la highbush blueberry nord-américaine, plus grosse et moins tannique que la myrtille sauvage, ce qui modifie la texture et la couleur (moins de tâche pour les mains). À l'étranger, on retrouve des cousines : le Heidelbeerkuchen allemand, le blåbärspaj suédois ou le blueberry pie américain, toutes partageant le principe fruit-pâte-crème mais avec des techniques de montage, des nappages et des épices différentes (parfois cannelle ou zeste de citron).
Importance culturelle
La tartelette aux myrtilles est emblématique de l'usage français des produits locaux et de la pâtisserie de terroir : elle met en valeur un petit fruit cueilli localement et le relie au savoir-faire de la pâte et de la crème. Dans les montagnes françaises, la myrtille est un marqueur d'identité saisonnière, fêtes de la myrtille, marchés d'alpage, confitures familiales, et la tartelette en est l'expression pâtissière, facile à partager et à transmettre. Elle n'est pas un monument national unique comme la baguette, mais elle occupe une place sensible dans le patrimoine culinaire régional, entre cuisine de foyer et vitrines de pâtisserie.