Un peu d'histoire
Origine et histoire
Le gratin de chicons au jambon est intimement lié à l'histoire du chicon, ce légume créé en Belgique au XIXe siècle par la technique du forçage. Le terme français « chicon » (ou néerlandais witloof) désigne l'endive blanche longue, d'abord cultivée près de Bruxelles puis répandue dans tout le pays. Dès que le chicon est devenu un produit courant, les ménagères belges lui ont trouvé des préparations adaptées aux longues saisons froides : braiser les endives, les enrouler dans du jambon cuit, napper d'une sauce lactée et gratiner au four est ainsi devenu une réponse pratique et réconfortante aux légumes d'hiver. Le plat, humble mais soigné, s'est diffusé au cours du XXe siècle vers le Nord de la France (Nord-Pas-de-Calais) et les régions wallonnes, où il trouve sa place dans les cuisines familiales et les brasseries.
Ce qui la caractérise
La signature gustative du plat repose sur des contrastes simples et efficaces : l'amertume délicate et végétale du chicon s'adoucit à la cuisson et développe une légère douceur, que vient compléter la salinité et la texture ferme du jambon cuit. La sauce béchamel, préparée ici classiquement avec 60 g de beurre, 50 g de farine et 600 ml de lait, apporte onctuosité et liant ; le gruyère râpé (ou un fromage à pâte dure similaire) gratiné forme une croûte dorée et légèrement croustillante. En bouche, on alterne donc des strates fondantes et crémeuses, un cœur moelleux d'endive et une pointe de noix de beurre caramélisé. C'est un plat de saison : il tient bien l'hiver et les premiers frimas du printemps, parfait pour un repas familial du dimanche ou un dîner de semaine qui demande peu de préparation active.
Variantes et adaptations
Les déclinaisons abondent selon les régions et les habitudes : en Belgique et dans le Nord de la France on parle souvent d'endives au jambon ou chicons au gratin. Certains remplacent le gruyère par de l'emmental, du comté ou du gouda pour des profils plus doux ou plus fruités ; d'autres ajoutent une pointe de muscade ou de moutarde dans la béchamel. On trouve aussi des versions avec une sauce Mornay (béchamel enrichie d'œuf et de fromage), des copeaux de jambon de qualité supérieure roulés autour des endives, ou des variantes végétariennes qui substituent le jambon par des lamelles de champignons rôtis, du tofu fumé ou des feuilles de céleri braisées. À l'international, le principe, légume braisé nappé de sauce et gratiné, réapparaît sous d'autres formes, mais le mariage chicon/jambon reste typiquement nord-européen.
Importance culturelle
Le gratin de chicons au jambon n'est pas un plat d'apparat mais il est emblématique de la cuisine domestique belge et du Nord de la France : il symbolise l'art de tirer parti d'un légume national, le witloof, et la valorisation des produits simples par la technique (forçage, braisage, béchamel, gratinage). Il occupe une place stable dans le patrimoine culinaire local, servi tant dans les maisons que dans les brasseries familiales, et reste un marqueur de saisonnalité et de confort gustatif dans ces régions.
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