Un peu d'histoire
Origine et histoire
Le beignet est une idée ancienne : il appartient à la famille des fritures sucrées dont la pratique remonte au Moyen Âge en Europe, où l’on faisait sauter des pâtes grasses pour les grandes fêtes et les jours de jeûne cassé. En France, on trouve très tôt des formes régionales, les bugnes de Lyon, les beignets de pomme ou de fleur d’oranger dans le sud, qui évoluent selon les matériels et la disponibilité des ingrédients. La version levée, à base de farine, œufs, beurre et levure de boulanger, est cousine des beignets berlinois et des pączki polonais. L’association avec le célèbre pâte à tartiner industriel est, elle, plus récente : la marque Nutella, issue des travaux de Pietro et Michele Ferrero sur les pâtes de noisette après la Seconde Guerre mondiale et commercialisée sous le nom « Nutella » en 1964, a permis de populariser le fourrage au chocolat-noisette dans une grande variété de viennoiseries modernes. Le beignet au Nutella est donc une rencontre entre une tradition française de friture festive et l’essor des produits industriels du XXe siècle.
Ce qui la caractérise
Un beignet au Nutella réussi joue sur le contraste : une croûte dorée et légèrement croustillante à l’extérieur, un alvéolage moelleux à l’intérieur, et au cœur une poche de pâte à tartiner chaude et fondante. La pâte levée apporte un léger goût fermenté et beurré grâce au temps de pousse, le sucre glace saupoudré apporte une douceur immédiate tandis que le cœur au chocolat-noisette ajoute richesse et onctuosité. On les sert idéalement tièdes, juste après friture, pour que le Nutella soit encore coulant. Ils conviennent particulièrement aux saisons froides ou aux fêtes, période de Carnaval, goûters d’hiver, soirées conviviales, quand la friture et le sucre apportent réconfort.
Variantes et adaptations
Les beignets fourrés existent sous de nombreux noms et formes : le Berliner ou Krapfen en Allemagne et Autriche, le pączki en Pologne (souvent consommés avant le Carême), l’bombolone italien parfois garni de crème ou confiture, et le beignet créole de La Nouvelle-Orléans, carré et généreusement poudré mais généralement non fourré. Les méthodes varient aussi : remplissage après cuisson à la poche à douille, ou insertion d’une boule de garniture avant friture pour un cœur plus intégré. Aujourd’hui on rencontre aussi des adaptations végétaliennes (laits végétaux, margarine), sans gluten ou avec autres pâtes à tartiner (praliné, confiture, crème pâtissière), chaque culture adaptant l’idée au terroir et aux préférences locales.
Importance culturelle
Le beignet au Nutella n’est pas un plat national au sens strict, mais il incarne bien une tendance culinaire française : l’aptitude à marier tradition pâtissière et innovations gustatives. Dans certaines régions, les beignets restent des marqueurs de fêtes locales (Carnaval à Lyon, Dimanche gras en Bretagne), tandis que la version fourrée au Nutella illustre la mondialisation des palais depuis les années 1960. Sa présence dans les boulangeries artisanales comme dans les cuisines domestiques témoigne de sa double identité, populaire et gourmande, et de sa capacité à rassembler autour d’un moment partagé, chaud et sucré.